Abandonner le zoning de Schoppach à Arlon et préserver le site naturel
Schoppach : un choix encore possible
Il est encore temps de changer de cap
Le conseil communal d'Arlon vient de valider la poursuite du Schéma d'Orientation Local pour le zoning de Schoppach, malgré 294 réclamations déposées lors de l'enquête publique. Ce vote ne clôt pas le débat : il l'ouvre. Tant que les permis définitifs ne sont pas délivrés et que les travaux n'ont pas commencé, deux issues restent sur la table, et une seule est acceptable. Soit le projet est abandonné au profit d'alternatives réelles et déjà identifiées. Soit, si la Ville et IDELUX-Développement (ci-après "IDELUX") s'obstinent, une compensation écologique stricte doit être imposée : la mise en réserve naturelle protégée d'une surface au moins équivalente à celle qui sera artificialisée.
Un site qui n'a rien d'un terrain vague
Schoppach n'est pas une friche anonyme. C'est une ancienne sablière de 39 hectares où une faune et une flore indigènes se sont installées depuis des décennies, au point d'être classée Site de grand intérêt biologique. On y trouve des espèces protégées : le damier du plantain et l'argus bleu-violet parmi les papillons, l'orchis pyramidal parmi les orchidées, et longtemps des colonies d'hirondelles de rivage, aujourd'hui menacées par la disparition de leur habitat naturel. Les falaises de sable, les mares temporaires, les milieux ouverts qui caractérisent une ancienne carrière abandonnée sont précisément les habitats les plus rares et les plus difficiles à recréer artificiellement. On ne compense pas ce type de milieu avec une haie plantée en bordure de parking!
Le projet actuel prévoit de préserver 7 des 39 hectares du site, soit 18 %, en plus d'une hêtraie tampon et des maillages écologiques. C'est un effort, mais un effort qui ne change rien au problème de fond : les 4/5 d'un des sites les plus riches en biodiversité de la commune seront bétonnés, et les zones les plus intéressantes sur le plan écologique ne sont pas nécessairement celles qui seront épargnées.
Des alternatives qui existent, et qui n'ont pas été sérieusement étudiées
L'argument avancé par la Ville et par IDELUX est celui du manque de terrain pour accueillir des PME. C'est un besoin réel, personne ne le conteste. Mais un besoin réel ne justifie pas n'importe quelle réponse. Les riverains eux-mêmes, dans leurs observations déposées lors de l'enquête publique, posent la question qui aurait dû être tranchée avant même d'envisager le projet d'artificialisation de Schoppach : les alternatives ont-elles été étudiées de manière approfondie ? Friches industrielles existantes, bâtiments vacants, zonings déjà artificialisés mais sous-occupés dans la province : ce sont des pistes concrètes, conformes aux principes mêmes du Schéma de Développement Communal, qui n'ont pas fait l'objet d'une analyse comparative rigoureuse rendue publique. Tant que cette démonstration n'est pas faite, le choix de Schoppach reste un choix de facilité plutôt qu'un choix de nécessité : on artificialise parce que le terrain est disponible et proche de l'autoroute, pas parce qu'aucune autre solution n'existe.
C'est là que se joue la première exigence : avant tout défrichement supplémentaire, la commune et IDELUX doivent produire une étude comparative sérieuse des alternatives au sein du territoire, avec des critères transparents, et accepter que cette étude puisse conclure à l'abandon du site de Schoppach.
Un gouvernance datée pour un projet qui a été redimensionné plusieurs fois
Ce projet traîne depuis plus d'une décennie et a déjà été retouché à plusieurs reprises pour répondre aux critiques successives. Cette instabilité même est un signal : un projet dont la forme change à chaque contestation n'est pas un projet mûr, c'est un projet sous pression, ajusté au minimum nécessaire pour passer les obstacles administratifs plutôt que repensé sur le fond. La proposition d'une assemblée citoyenne pour traiter la question de l'espace économique des PME, associant riverains, entrepreneurs et associations de défense de la biodiversité, permettrait de sortir de cette logique du fait accompli où chaque étape de la procédure est présentée comme quasiment irréversible avant même que le débat de fond n'ait eu lieu.
Si le projet devait malgré tout être maintenu
Il faut être clair : l'abandon du projet et son remplacement par une solution alternative reste l'option la plus cohérente avec l'intérêt général, à la fois écologique et démocratique. Mais si, malgré les recours déjà obtenus devant le Conseil d'État et malgré l'opposition exprimée par une partie du conseil communal, la Ville et IDELUX devaient imposer ce zoning, alors une seule exigence devient non négociable : une compensation écologique mesurable, financée intégralement par IDELUX, sous la forme d'une réserve naturelle protégée d'une surface équivalente à celle qui aura été défrichée et artificialisée à Schoppach.
Cette réserve doit répondre à des critères précis, faute de quoi elle ne sera qu'un argument de communication : elle doit se situer sur le territoire d'Arlon ou dans une commune limitrophe, afin de ne pas déplacer artificiellement le problème vers un territoire moins concerné ; elle doit accueillir, autant que possible, des milieux comparables à ceux détruits, plutôt que des boisements standardisés qui ne remplacent pas les habitats de carrière ; elle doit bénéficier d'un statut de protection formel et durable, opposable juridiquement, et non d'une simple promesse de bonne gestion ; enfin, elle doit être assortie d'un suivi indépendant, associant les associations naturalistes locales, pour vérifier que la compensation produit réellement les effets attendus sur la durée, et non seulement sur le papier au moment de l'inauguration. Nous avons des sites à proposer.
Ce que ce dossier dit de nous
Schoppach est devenu, presque malgré lui, un symbole. Celui d'un mode d'aménagement du territoire qui considère par défaut qu'un espace vert disponible est un espace à bâtir, sauf preuve du contraire apportée par ceux qui s'y opposent. Cette logique doit s'inverser. C'est à ceux qui portent un projet d'artificialisation de démontrer qu'aucune alternative sérieuse n'existe, et non aux citoyens et associations de prouver, projet après projet, recours après recours, qu'un milieu remarquable mérite d'être préservé.
Arlon a l'occasion de montrer qu'un développement économique réel ne se construit pas nécessairement au prix de la disparition d'un des derniers milieux naturels de ce type sur son territoire. Nous demandons l'abandon du projet de zoning de Schoppach au profit d'alternatives sérieusement étudiées. À défaut, nous exigeons une compensation écologique complète, mesurable et garantie : une surface protégée équivalente, pas un hectare de moins.
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